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Conte à lire

Le ciel et les enfants
   

À cette époque, la terre était plate. Complètement plate. Mais contrairement à ce qu’on peut croire, la vie n’était pas « plate » du tout !

Quand la terre était plate, les gens étaient heureux. Les enfants étaient heureux, les adultes étaient heureux, les animaux étaient heureux… mais ça, ça n’a pas changé.

Les enfants étaient heureux parce qu’ils pouvaient courir libres, au loin, droit devant jusqu’à l’horizon. Et les parents étaient heureux parce qu’ils pouvaient les voir de loin sans avoir à se lever de leur fauteuil.

Mais un jour – parce qu’il faut un « mais » dans une bonne histoire –, un jour, le ciel a décidé de descendre, de descendre, de descendre… On ne sait toujours pas pourquoi aujourd’hui, la science ne l’explique toujours pas ; mais le ciel est descendu. Il est tellement descendu que les grands, les adultes, les parents ont été obligés de se baisser la tête… pour ne pas se cogner la tête sur le ciel.

Et ils vivaient comme ça, la tête baissée.

Et preuve que mon histoire est vraie : vous avez déjà vu dans la rue des gens marcher la tête baissée, n’est-ce pas ? Eh bien ça, c’est ceux qui ne savent pas que le problème est réglé et qu’ils peuvent redresser la tête ! La prochaine fois que vous en verrez un, il faudra lui dire : « Hé ! tu peux lever la tête, tu ne vas pas te cogner la tête sur le ciel, il est haut maintenant ! »

Mais à cette époque, le ciel était bas et les gens avaient raison de se baisser la tête. Et les enfants, qui se voyaient grandir un peu chaque jour, savaient qu’ils allaient bientôt se cogner la tête sur le ciel, et qu’ils allaient devoir vivre la tête baissée comme les grands.

Les adultes leur disaient :
— Oh ! c’est pas grave de vivre la tête baissée, on s’habitue !

Les enfants ne répondaient rien, mais dans leur tête ils se disaient : « Non ! Nous, on veut pas vivre la tête baissée, on veut vivre la tête droite ! »

Alors, les enfants se sont réunis. Et ils ont réfléchi. Ils ont beaucoup réfléchi. Ils ont tellement réfléchi qu’ils ont trouvé la solution :
— Oui ! on va prendre des grandes branches d’arbres et tous ensemble, parce que l’union fait la force, on va cogner sur le ciel pour lui faire comprendre qu’il faut qu’il retourne là-haut !

C’était facile d’attraper les branches, parce qu’avec le ciel tout bas, les arbres poussaient horizontalement.

Ils ont tous pris leur grand bâton dans la main et ils ont compté pour prendre leur élan :
— À la une… à la deux… et à la trois !

Le conteur : « Et à la trois, qu’est-ce qui s’est passé ? »

Un petit garçon : « Le ciel est tombé par terre ! »

Le conteur : « Non. »

Un petit garçon : « Le ciel a explosé !!! »

Le conteur : « Hum ! Vive les scénarios catastrophes !… Non ! »

Une petite fille : « Mais non ! Ils ont fait des trous. »

* * *

Oui ! Ils ont fait des trous dans le ciel, des centaines de trous dans le ciel. Autant de trous qu’il y avait de bâtons. Autant de bâtons qu’il y a eu de trous.

Oh ! les adultes étaient contents. Ça leur prouvait qu’ils avaient raison de vivre la tête baissée. Ils disaient :
— Arrêtez, les enfants ! Vous abîmez le ciel, c’est tout ce que vous faites ! Baissez-vous la tête ! C’est pas grave de vivre la tête baissée, on s’habitue ! Baissez-vous la tête dès maintenant, vous serez habitués quand vous serez grands.

Les enfants sont partis la tête baissée. Mais est-ce qu’ils se sont découragés ? Est-ce qu’ils ont écouté ce que disaient leurs parents ? Non… c’était des vrais enfants.

Ils se sont rassemblés une deuxième fois. Mais, cette fois, ils sont allés chercher les enfants qui n’avaient pas voulu venir la première fois. Ceux qui étaient malades ce jour-là et ceux qui faisaient semblant d’être malades. Et ils ont pris des bâtons dans leurs mains. Des bâtons un peu plus gros pour faire support avec le ciel.

Et tous ensemble :
— À la une… à la deux… et à la trois !

Le conteur : « Et à la trois… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Un petit garçon : « Le ciel est tombé par terre, et il s’est cassé en mille morceaux ! »

Le conteur : « Non ! »

Un petit garçon : « Il a fait du tonnerre plein de pluie, et puis il a noyé tout le monde !!! »

Le conteur : « Oh là là ! Plus de télé pour vous, les garçons ! »

Une petite fille : « Mais non, ils ont encore fait des trous dans le ciel ! »

Le conteur : « Oui ! Ils ont fait encore plus de trous dans le ciel ! »

Oh ! les adultes n’étaient pas contents du tout ! Ils répétaient :
— Arrêtez d’abîmer le ciel, les enfants ! Un jour, on va vous accuser d’avoir fait des trous dans le ciel. Baissez-vous la tête !

Les enfants n’ont rien dit, mais ils sont allés chercher encore d’autres enfants ! Ils sont allés chercher les enfants qui étaient partis en vacances ce jour-là et ceux qui étaient partis à la pêche. Ceux qui avaient préféré rester jouer à saute-mouton ou bien à la balle au prisonnier. Et surtout, surtout, ceux qui ne croyaient pas que c’était possible de soulever quelque chose d’aussi grand que le ciel :
— Allez, venez maintenant ! On a besoin de tout le monde !

Cette fois-ci, il y avait absolument tous les enfants de la terre. Ils ont pris les plus grands bâtons qu’ils ont trouvés. Et c’était aussi les plus longs, les plus larges et les plus lourds ! Mais ils étaient vraiment décidés :
— Et… à la une !… à la deux !… et à la trois !

Le conteur : « Et à la trois… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Un petit garçon : « Ils ont encore fait des trous dans le ciel !!! »

* * *

Oui ! À ce moment, il y a eu un tremblement de ciel. Le ciel a bien senti qu’il y avait quelque chose qui le piquait dans son ventre. Il a écarté ses nuages, et il a vu les hommes, les femmes et les enfants qui le regardaient, la bouche et les yeux grand ouverts.

Et le ciel a dit :
— Je vais tous vous écrabouiller !

Le conteur : « Non, il n’a pas dit ça ; il leur a dit : Oh ! Excusez-moi ! Je ne savais pas qu’il y avait des gens qui vivaient en dessous de moi. Je devais vous étouffer… Excusez-moi ! »

Et le ciel, doucement, est remonté… dans le ciel !

Ce jour-là, la lune a pu enfin aller en dessous du ciel pour éclairer la nuit. Et le soleil a pu aller de l’autre côté du ciel, dans le noir, pour se reposer. Et pendant qu’il dormait, il a fait passer ses doux rayons de la nuit à travers les milliers de trous qu’avaient faits les enfants avec leurs bâtons. D’en bas, on voyait ce nouveau spectacle, ces petits points lumineux qu’on appelle aujourd’hui « les étoiles ».

Les enfants ont créé le ciel étoilé.


* * *

Et voilà ! Vous voyez, les enfants, que si on laisse le rêve, le courage, la persévérance devenir les conseillers du petit roi qui habite dans notre cœur, il se peut qu’il crée des choses belles, belles, belles,
belles comme les étoiles.
Celles qui brilleront là-haut, dans le ciel…
dans notre ciel.

Fin de l’histoire du ciel et des enfants