Une entrevue avec Jani Pascal, l’auteure de La Belle Jarretière verte

D’où vous vient ce besoin d’écrire vos contes en phrases courtes ? Même l’introduction de votre livre est écrite de cette manière. Pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?

 

Votre question m’emmène à réfléchir à une approche à laquelle je ne me suis pas longtemps attardée. C’est plutôt mon intuition qui me guide. Mais je me souviens qu’avec le premier conte que j’ai écrit, « Tom Pouce », dans Contes à raconter et à écouter, j’entendais le texte me venir à l’esprit comme si je le racontais à haute voix. Après un feuillet de composition, je me suis rendu compte de cette tournure. J’ai écrit une deuxième, puis une troisième page. Même phénomène. Et j’ai continué ainsi, sans me soucier de savoir si j’avais la façon correcte de travailler. Mais, depuis ce temps, j’ai gardé cette habitude de dire ou d’entendre ce que j’écris. Prenons pour exemple le début du conte « Le fils de Thomas » :

 

Il était une fois un bûch(e)ron et une bûch(e)ronne

qui ne réussissaient pas à avoir d’enfants…

 

Je pense également que j’ai sans doute été influencée par mes cours d’art dramatique, où l’énoncé des vers des œuvres classiques comptait 12 pieds. Il faut dire aussi que les phrases courtes suggèrent une ponctuation. Donc, un arrêt. Une respiration. Et, en conséquence, une variation d’interprétation de la voix. Et je crois que la phrase courte impose de dire l’intention juste ; oblige à ce que le mot fasse image, de sorte que l’auditeur ou le lecteur crée dans son imaginaire le déroulement instantané de l’intrigue. De plus, l’utilisation de plusieurs synonymes de suite ou de longues descriptions m’a appris qu’on perd les spectateurs en séance de contage.

 

Phrase courte. Le pli est pris ! Bon ou mauvais, il est difficile de changer ses habitudes.

 

Dans Contes populaires du Canada français, il y a une majorité de contes facétieux, de contes à rire. Dans La Belle Jarretière verte, un conte initiatique qui, par nature, est beaucoup plus sérieux, on retrouve aussi beaucoup d’humour. Comment faites-vous pour en mettre dans vos contes ?

 

Le fait que vous souligniez l’humour dans mes contes relève de la critique et me fait grand plaisir. Par contre, par vos questions, vous parvenez à techniciser des formes professionnelles. Moi, j’aurais plutôt tendance à simplement dire inspiration. C’est à partir de ce dernier terme que je vais tâcher de vous répondre.

 

La première fonction du conte est de divertir, n’est-ce pas ! Alors oui, je fais sourire parfois à cause des rimes, des sonorités qui sortent du discours courant. Rimes dont le sens permet la dérision. L’impolitesse. L’insolence. La grossièreté. La raillerie. À cause de tournures de phrases pour y aller d’une blague. D’une remarque salace, etc.

 

Je me souviens avoir joué du double sens avec délectation, à la fois dans l’écriture et dans l’interprétation.

 

Dans le conte « L’eau de la fontaine de Paris », la jeune mariée, faignant un mal de dents, envoie son mari lui chercher une eau miraculeuse à Paris. Durant son absence, elle accueille licencieusement un moinillon qui demande l’aumône. Elle lui offrira un quignon de pain… et l’hospitalité…

 

Nous constatons que vous avez un amour particulier pour le personnage de Ti-Jean. Parlez-nous de que représente Ti-Jean et pourquoi il est si présent dans nos contes traditionnels, ici au Québec et dans le Canada français.

 

Il serait intéressant, pour vous répondre, que j’aie entrepris une recherche sur l’origine de l’appellation de Ti-Jean. Il s’agirait de fouiller dans nos archives spécialisées du Canada français pour trouver vite une réponse savante. Pour ma part, j’ai été frappée de constater qu’à travers toutes les versions de contes-types que j’ai parcourues, c’est le prénom de Ti-Jean que coiffait le plus souvent le héros de nos contes. Et je me souviens que, lorsque j’étais jeune, les garçons qui portaient le prénom très courant de Jean se faisaient appeler Ti-Jean. Je me rappelle aussi cette fillette qui me présenta un jour son petit frère : « Il s’appelle Jean, mais on dit Ti-Jean, c’est plus court. » Permettez que je vous cite l’avant-propos de Contes populaires du Canada français. Vous verrez comme j’y suis attachée.

 

Un mouton noir !

On a beau lui braquer l’éteignoir,

comme une apparition, un bon soir,

le voilà qui ressout du terroir.